vendredi 15 juin 2018

L.A n°1 :L’incipit


L.A n°1 :L’incipit

PBQ: En quoi l’incipit du roman annonce-t-il l’œuvre entière ?
/ En quoi cet incipit séduit-il le lecteur ?

I Tout d’abord, cet incipit annonce l’action / l’action interpelle le lecteur

A-    En effet, on est d’emblée plongé dans l’ambiance de la misère/ déveine qui parcourt tout le roman

1.      Métaphore  l.14. : le « désert » = la plaine + pléonasme « où rien ne pousse » →insistance l’aridité du lieu, fondamentale dans le roman, et justification de leur  solitude l.6  « seuls » et 26 « solitude ».
2.      le parallélisme : « leur coin de plaine saturé de sel, jusqu’à eux trois saturés d’ennui.» l.13 souligne leur e dont la cause est justement l’aridité de la terre et leur solitude : les personnages qui n’ont rien à faire ou qui sont contraint à la routine. Cet ennui sera source de souffrance et justifiera le désir de sortir de cet ennui qui est associé à la plaine
- par
3.      suite du parallélisme «  et d’amertume » l12-13. L’amertume renvoie à l’idée d’une grande souffrance provoquée par une déception. L’incipit annonce donc le thème de la déception, important dans le roman : la déception de la mère face à l’infécondité de sa concession.
4.      Hyperbole « Ils en furent si dégoûtés, si dégoûtés, en se retrouvant sans cheval sur leur coin de plaine » l. 24 : hyperbole par la répétition et l’intensif « si ». Ce dégoût est à la fois un sentiment de dépression et une révolte »

➜Tous ces sentiments négatifs sont liés à la plaine (citations). Le lecteur peut donc en conclure qu’ils ne pourront y échapper qu’en échappant  à la plaine

B-    En outre, on retrouve le désir d’échapper à cette misère, désir qui fonde le destin des personnages / le lecteur est intéressé par …

1.      Se manifeste par le désir de contact avec le monde extérieur comme cela est souligné dans le premier paragraphe « ils se sentaient moins seuls, reliés par ce cheval au monde extérieur » l. 6-7  
2.      Se manifeste par le désir de trouver « une idée ». Revient comme un leitmotiv l. 2, 4, 5, 33, 36, 41-42. ( répétition) Avoir des idées est le seul moyen  pour s’en sortir, pour survivre. C’est ce que marque la répétition de la formule « une idée est toujours une bonne idée » l.33- 36-37. 
Une idée est
-          Une tentative d’enrayer la spirale de l’échec comme le suggère les 2 subordonnées de concession « même si tout est entrepris de travers »  l. 35 et « même si tout échoue lamentablement » l.38. Le roman s’ouvre sur le récit d’un échec : l’achat du cheval et sa mort l.2 à l. 23  Ce thème revient fréquemment : l’échec des barrages, l’échec de la vente du diamant
-          Un moyen de garder confiance en l’avenir : Synonyme d’espoir
« Encore »  l.5 « ils pouvaient encore avoir des idées ». Tant qu’on a des idées, on peut tenter de se sortir de cette plaine!
« Il arrive au moins qu’on finisse par devenir impatients » l. 39-40 : un changement va s’opérer à l’intérieur des individus qui vont sortir de leur situation d’attentisme. Une idée va permettre l’action qui va tout changer. Toute sa vie, la mère n’a cessé d’avoir des idées pour rendre féconde la terre de sa concession : barrages, culture de bananes, nouveaux barrages… Dans notre extrait même l’idée de  l’achat du cheval entraînera l’idée d’aller à   Ram  « ils décidèrent » l. 27 où « ils devaient faire la rencontre qui allait changer leur vie à tous ».  Cette prolepse annonce la suite du roman. Elle donne l’espoir au lecteur d’un changement, crée le suspense et l’incite à poursuivre sa lecture.
➜ Suzanne et Joseph garderont tout au long du roman l’espoir de quitter
la plaine pour enfin vivre, espoir qui se réalisera.


II D’autre part, cet incipit annonce : le lecteur est séduit par  le style de l’œuvre, le style de M.  Duras

A-    En effet, c’est un style elliptique au sens large du terme : on sait peu de chose des pers. et du cadre spatio-temporel

a)     Le cadre spatio-temporel reste vague
1.      Répétition « la plaine ». 2 fois mentionnée, « leur coin de plaine saturé de sel » l. 12 et « leur coin de plaine, dans la solitude et la stérilité »  l.25.La présence de sel dans la terre explique l’infertilité de celle-ci.
2.      « Ram » l. 28- 30 est en fait le port cambodgien de Réam en Indochine française.  Mais, dans cet incipit, il n’y a rien  de précis dans la localisation : on ne sait dans quel pays se situe le roman et Ram n’est pas le nom d’une ville connue.
3.      Indications de temps : on ne sait rien du moment de l’histoire. Le récit comporte quelques indications de temps : « Cela dura huit jours » l. 18, « le soir-même » l. 27, « le lendemain » l. 28-30. Insistance sur le « lendemain » par la répétition qui souligne symboliquement l’importance du futur dans la vie des individus/ le roman.
➜ Ce flou dans la localisation et la temporalité est caractéristique du style de l’auteur et marque tout le roman.

b)     La présentation des personnages
1.      deux personnages sont nommés : « Joseph » l. 14 et « la mère » l. 19.
2.      on ne sait de Joseph que peu de choses : il fume l. 3-4→ symbole de liberté, et la mère ne nous est présentée que par comparaison avec le cheval « bien plus vieux que la mère pour un cheval » l. 19. Cette comparaison cheval / mère se poursuit implicitement l.20 par la personnification « il essaya honnêtement de faire… ». On se rend compte que les qualités de l’un glisse sur l’autre et inversement. La mère reste honnête tout au long du roman, allant jusqu’à rembourser les banques après la vente du diamant. Elle mourra à la fin du roman comme le cheval au début.
3.      on sait néanmoins qu’il y a un troisième personnage puisque la première phrase du roman l’indique « tous les trois », expression reprise ensuite l.27.  Mais rien ne précise qui est ce troisième personnage → Suzanne ne semble pas importante. Dans la plupart des phrases, ils sont désignés ensemble par un pronom généralisant  soit par « ils » l. 5-24-26-27-30 soit par « eux » l. 11, « eux trois » l. 12 , « leur » l.31 et « tous » l.32.

➜ Ils semblent former un groupe fusionnel

B-    De plus c’est une écriture particulière

a)     un registre courant voire familier :
1.      le lexique est d’une grande simplicité : répétitions des verbes « faire »l. 15-16-21-31-34 x2 et  « être » l. 1-4-9x2, 11-13-18- 21-24-30-33-35-40-42
Répétition  de  « quelque chose » l.8, 10, 15, 34,
2.      Voire registre familier : emploi de  « la mère »l. 19  , « il creva » l. 23 , répétition du pronom démonstratif « ça » l. 2-4-13 à la place de « cela »



b) un style proche de l’oralité :
1.      des subordonnées sans principales : « même si ça ne devait servir qu’à payer les cigarettes de Joseph » l. 2
2.      de très nombreuses répétitions :
le nom « idée »  voir + haut
les conjonctions « même si » : l. 2-8-35-38 et « comme quoi » l. 36-33- (anaphore)
Les adjectifs « saturé » l.12-13 et « dégoûtés » l.24

c) un narrateur très présent
- prolepse l. 30-31
- commentaires du premier et du dernier paragraphe : le narrateur émet des réflexions d’ordre général. Le pronom indéfini « on » l.15et 40-42 semble désigner tout autant les personnages que l’humanité en général. Le présent dans le dernier paragraphe est un  présent de vérité générale
➜ incite à penser que l’on dépasse le cadre de l’histoire des personnages du roman.
➜ Bien entendu, cette écriture se prolonge au fil des pages, donnant une atmosphère particulière au roman

Conclusion
 Bien qu’il soit peu conforme à ce que l’on attend d’un incipit, puisque le lecteur ne sait presque rien des personnages, des lieux et de l’intrigue, il met en place ce qui fait l’intérêt de cette œuvre.
En cela, il rejoint la fonction première d’un incipit : intéresser et intriguer le lecteur.
Nathalie Sarraute, dans Enfance, n’agit pas autrement : la mise en place du dialogue entre la narratrice et son double introduit à l’univers de cette autobiographie originale tout en attisant la curiosité du lecteur.

L.A n° 4 : Excipit


: « Elle mourut peu après le retour d’Agosti » à « de parler d’elle à Joseph »


PBQ : Comment Duras présente-t-elle cette mort ?


I Tout d’abord comme une tragédie

A-     En effet, Suzanne et Joseph sont  en proie à une profonde douleur

Qui se manifeste par :
Ex 1 : Répétition + hyperbole l.3 : « elle désira mourir » répété dans la phrase suivante accompagné de l’adverbe « ardemment » qui souligne l’intensité de ce désir morbide et de sa douleur. L’attachement à la mère est si fort qu’elle a le sentiment de ne pas pourvoir lui survivre.

Ex 2 : CCT et Lieu
·         CCL
-          Suzanne : l. 2 « se blottit contre elle » + verbe  « blottir » rappelle une attitude enfantine comme le souligne à l.6-7 « intempérance désordonnée et tragique de l’enfance » = chagrin (intempérance = manque de modération)  qui ne peut se raisonner (= désordonnée de l’enfance).
-          Joseph :  l.25 « affalé sur le lit, sur le corps de la mère ». Ce rapprochement physique traduit lui aussi un attachement fort à la mère. L’adjectif « affalé » indique sa détresse : sans force.
·         CCT
-          S : l. 3 « pendant des heures ». L’emploi de l’article indéfini souligne la longueur du temps durant lequel elle reste prostrée. Est + duratif que d’indiquer le nombre d’heures.
-          J : « elle ne l’avait jamais vu pleurer depuis qu’il était tout petit » l. 25-27. Ces Larmes qui sont exceptionnelles soulignent l’extrême souffrance de Joseph.

Ex 3 : Oxymore Joseph a une attitude tragique comme Suzanne l.28 « tendresse terrifiante ». La tragédie est censée inspirer la terreur. Cette expression évoque bien ce que ressent Joseph : amour et terreur d’avoir perdu sa mère.

→S et J inspirent aussi la pitié du lecteur, caractéristique du tragique.


B-     Enfin, le portrait de la mère symbolise son destin tragique

+ Inspire la terreur  

Ex 1 : Répétition 3 x de l’adjectif « fermé » l. 29- 31 x2. Les deux dernières occurrences de l’adjectif insiste sur le « silence  qui donnait le vertige »  l.32 = hyperbole pour indiquer le silence profond de la mort. Symbolique aussi ici : rappelle l’impossibilité de la mère de se faire entendre des autorités coloniales cadastrales.

Ex 2 : l.30 « ombre violette » autour des yeux = stigmates de la mort. La comparaison : « profonde comme de l’eau renvoie symboliquement à la lutte de la mère contre l’eau du Pacifique.

Ex 3 : l.33, la position des mains est traditionnelle du mort. Mais les caractérisations qui en sont faites par  « inutiles » l.34 « qui clamaient l’inanité ( = vanité) » et /  «  l’ardeur qu’elle avait mise à vivre » créent une antithèse rappelle symboliquement la vie de lutte acharnée menée grâce à ces mains qui lui ont permis de faire des économies en jouant du piano, qui lui ont fait réaliser les barrages, qui lui ont fait rédiger toutes ces lettres inutiles au cadastre. Tout cela pour se retrouver face au néant de la mort ; elle meurt sans rien posséder. Montre l’absurdité de sa vie.
 L’adjectif « affreusement »  peut désigner l’aspect physique des mains mortes mais aussi tte la tragédie de sa vie.


II Ensuite comme une délivrance

A-     Suzanne et Joseph se sont libérés de leur mère

Suzanne par Jean Agosti, Joseph par cette femme qui s’appelle Lina.
N.B : ds l’incipit, S, J et la mère frment un trio inséparable. Ils sont désignés par « ils » ou « eux trois ». Ce n’est plus la cas ici : ils sont différencié par leur prénom.

Ex 1 : Agosti = Sujet et Suzanne = COD l.8- 9-10 et 11-12 : «il  l’avait arraché de force au lit de la mère » l 8-9. « il l’avait portée jusque dans le lit de Joseph » « il s’était couché près d’elle ». Il l’avait tenue dans ses bras » : attitudes maternantes qui montrent sa tendresse pour Suzanne.  Agosti la force à sortir de sa torpeur morbide. Il est symboliquement celui qui la sépare de la mère et qui veut prendre son relai affectif.  

Ex 2 :   CCt « une dernière fois » l.6 fin de son attachement fusionnel à la mère par la mort de la mère

Ex 3 : Pour Joseph aussi, Lina semble prendre la place de la mère : «Il n’était pas seul. La femme le suivait » l. 19. Elle n’est pas désignée par son prénom mais par un nom commun « la femme » comme « la mère ». Crée un parallélisme entre les 2 personnages. « La femme » remplace « la mère ».  Le fait qu’il soit tour à tour sujet de ces expressions montre leur forte union.

B-     Ils ne sont plus seuls

Ex 1 : Coordination  + imparfait : l. 38-39 « Jean Agosti et la femme attendaient au salon » Ont tous les 2 qq’un sur qui se reposer. Leur patience et leur présence est signe de leur attachement.

Ex 2 : litote : Agosti envisage de demander Suzanne en mariage comme le suggère les expressions « ne la laisserait pas partir » l. 13 et l.46 « peut-être attendait-il Joseph, de parler à Joseph ». Le récit de ses pensées « il croyait qu’il s’était mis à l’aimer » l. 14-15 prouve son affection sincère à Suzanne.

Ex 3 : Cette union se manifeste aussi par le fait que Lina ressent et partage  la grande douleur de Joseph comme le montre ses larmes l.39 « la femme avait pleuré et ses yeux étaient rouges ». Elle a bcp pleuré.


L. A 3 : Le haut quartier


L. A 3 : Le haut quartier

PBQ : Comment Duras fait-elle ici une satire de la société coloniale ?

 I Tout d’abord elle critique la richesse du quartier.

Cette richesse se lit dans différents aspects du quartier

A-     Enfin la richesse du quartier apparaît dans par son luxe
Ex 1 : Les autos : 2 adjectifs mélioratifs  « rutilante » l. 13 et « luisance » l. 31. → idée de brillance, symbole du luxe.
+ « Taxis- torpédos » l. 14 i.e décapotables, signe de richesse
+ « Autos caoutchoutées » : le caoutchouc bien que produit en Indochine reste à l’époque encore un produit de luxe, réservé aux riches.
→ bien différentes de l’auto de Joseph dont la description nous est faite p. 48-52.


Ex 2 : Les magasins :  accumulation l. 37-39 →Ce sont des « magasins de mode, parfumeries, tabac américains » donc magasins typiques d’une société de consommation qui a les moyens de s’acheter autre chose que ce qui est nécessaire pour la vie/ survie. Achète du superflu.
→La satire de Duras se confirme  lorsqu’elle dit que les magasins «  ne vendaient rien d’utilitaire » l. 39 et que « l’argent même, ici, ne devait servir à rien » l. 39-40. L’insistance sur l’inutilité de l’argent porte une critique de la richesse des blancs : ils ont tellement d’argent qu’il a perdu sa fonction première.
Ex 3 : Ironie grinçante de « il ne fallait pas que la richesse des blancs leur pèse » déchargé de toutes contingences matérielles, privilégiés,  summum du luxe. Vie facile qui met M.D en colère sans doute parce que cette vie extrêmement facile des blancs est au prix de l’asservissement et de la douleur du peuple indigène.

B-     D’une part, cette richesse se lit  son aspect de carte postale / idéal

Ex 1 : Les rues sont  végétalisées. On note un champ lexical du végétal : l. 11 « plantés d’arbres rares », l. 12 « gazons », « parterre de fleurs » = l.33, l.15 « vertes, fleuries », l.20 « tamariniers », l. 25- 27 « palmiers ». Ce champ lexical fait du haut quartier un endroit agréable où il fait bon vivre.

Ex 2 : Mais M. Duras en fait la satire lorsqu’elle le compare à « un immense jardin zoologique où les espèces rares des blancs veillaient sur elle-même » l. 16-19. Fait des blancs des animaux, ce qui les rabaisse et de ce quartier un monde à part, un musée, déconnecté de la vraie vie, celle des indigènes.

Ex 3 : l. 3-4 « les rues et les trottoirs étaient immenses » : répétition 3 fois de l’adjectif « immense » l. 5- 16 et 20. Cette répétition crée une hyperbole. Les rues sont donc démesurées. L.7, Duras emploie d’ailleurs le mot « avenues » qui désigne une large voie urbaine. L.10 l’adjectif « large » est utilisé pour désigner les routes + autres hyperboles l.5 avec l’expression « espace orgiaque » (= abondant, excessif) et  l. 3 avec l’expression « mesure surhumaine de la démarche blanche » qui désigne à la fois l’ambition du projet urbain de colonisation et l’ampleur des travaux réalisés.
→ Cette grandeur hyperbolique est le signe de la toute puissance des « blancs » et de la satire de Duras.   


II Ensuite, elle dénonce l’attitude des colons

A-     En effet, elle critique leur refus de l’altérité
Ils vivent en cercle fermé. Il y a une double fermeture

1.      1ère fermeture: « le haut quartier » l. 1
Ex 1 : la locution négative restrictive l. 1 « n’habitaient que les blancs » souligne ce repli sur soi  comme l’expression « entre eux » l.22 ou « les espèces rares des blancs veillaient sur elles-mêmes » l. 17-18.
2.      2ème fermeture: « le centre du haut quartier étaient leur vrai sanctuaire ».
Ex 2 : La métaphore du sanctuaire insiste sur leur volonté de se couper des indigènes. Il est en même temps ironique puisqu’il désigne normalement un endroit saint. Or ici, il désigne un café où ils boivent de l’alcool. Encore une manière pour Duras de rabaisser les colons qui ont un système de valeur biaisé.+  l. 36-37 « le spectacle sacré de sa propre présence ». Leur orgueil suprême les fait se sentir des dieux !

Ex 3 : Les indigènes sont pour eux des objets comme le montre la tournure passive l. 23-24 « avaient été mis dans des smokings » et la comparaison avec les pots de palmiers « l. 24-25 et l.27. Pour les blancs, ce ne sont pas des hommes. Ils sont traités en inférieurs.


→M.D  dénonce, à travers l’attitude des colons  le sentiment de supériorité des blancs l.41 « Tout y était noblesse » insiste sur leur sentiment de supériorité. Le nom « noblesse » n’est pas employé par hasard. Noblesse =  aristocratie= classe sociale longtemps supérieure, riche et oisive, comme les colons puisque Duras écrit l.6 qu’ils sont « au repos ».


B-     Ils sont en fait immoraux


Ex 1 : Sont enclins à l’alcoolisme comme le suggère les lignes 29-30. L’énumération des alcools et l’ironie de l’expression « un foie bien colonial » montre que l’alcoolisme est répandu chez les blancs.

Ex 2 : Ils  aiment la débauche : Métaphore « bordel magique » l. 34 qui assimile le haut quartier à un lieu de prostitution et de désordre soulignant l’immoralité des blancs. L’adjectif « magique », quant à lui, recouvre la vulgarité des blancs d’un voile de merveilleux, de contes de fées  pour cacher leur immoralité.

Ex 3 : Ils profitent des indigènes comme le montre le dernier paragraphe de l’extrait. La dénonciation de Duras apparaît dans :
·         l.42 antiphrase : « c’était la grande époque ». Certes pour les blancs,  la colonisation permet l’enrichissement mais pour les indigènes, c’est la pire époque puisqu’ils sont exploités et meurent.
·         La disproportion  des chiffres l. 42-43 « des centaines de milliers de travailleurs indigènes » opposé à l. 47-48 « quelques centaines de planteurs blancs ». Le chiffres hyperbolique des indigènes  souligne l’inégalité sociale sur laquelle se  fonde le colonialisme. Associé au chiffre hyperbolique des hectares l.44 « cent mille hectares » il met en évidence l’exploitation des indigènes par les blancs.
·         La dureté du travail des indigènes qui s’apparente à une violence par les références au sang l. 44-45 « se saignaient », l. 49-51 « sang ». Le sang renvoie à la couleur rouge comme la terre l. 44 « terres rouges » l. 44. Cette atmosphère rouge intensifie la violence faite aux indigènes.

→Prolepse de Marguerite Duras l. 52-53 qui annonce les guerres coloniales d’Indochine.


L.A 2 : Les enfants de la plaine.

L.A 2 : Les enfants de la plaine. 1ère partie, chapitre 6, de « Il en était de ces enfants » p. 117  à « et mouraient étouffés » p.118

Pbq : Qu’est qui rend  ce tableau des enfants de la plaine  tragique ?

I D’une part, ce tableau est tragique pcq ‘il montre des individus  enfermés dans l’immuabilité des naissances qu’ils ne peuvent endiguer. 

A- En effet, ces naissances  ne dépendent pas de la volonté des hommes 

1. l.9 Duras écrit « les femmes étaient prises naturellement » la voix passive qui met l’accent sur le côté naturel de la grossesse, comme si l’homme n’était pas responsable de ces nouvelles naissances.
2. « le ventre de chaque femme se gonflait d’un enfant, le rejetait, pour ensuite reprendre souffle d’un autre» l. 16-18 : le ventre est sujet, on a l’impression que le ventre agit seul et contrôle le rythme des naissances.

B- Mais, elles dépendent de la nature

1. Comparaison qui associe la nature aux enfants « Il en était de ces enfants comme des pluies, des fruits, des inondations » l.-2 1. suivie d’une métaphore l. 2-4 «  ils arrivaient chaque année, par marée régulière, ou si l’on veut, par récolte ou par floraison »ou comparés aux mangues vertes l. 45-46.
2. les enfants sont assimilés à du végétal : fruits, récoltes, floraison ou à de l’eau : pluies, inondations, marée. Les naissances font partie d’un cycle naturel. D’ailleurs, l. 14, Duras évoque le « rythme végétal » des naissances.
3. L’idée de cycle / rythme  est rendu dans le style de ces 2 première phrase qui propose un rythme ternaire.
4. Dans la troisième phrase, le début ressemble beaucoup à la fin : « A la saison »l. 7 « à cette saison-là  »l. 10. On a l’effet d’un miroir ou que l’on tourne en boucle
5. Le mise ne route des grossesses fait d’ailleurs suite aux  travaux des champs l. 8-9 « lorsque les travaux des rizières se relâchaient, les hommes pensaient davantage à l’amour ».  S’inscrivent dans le cycle du travail de la terre.
6. La présence des connecteurs de temps « chaque année » l.2, « à la saison sèche » l.7, « dans les mois suivants » l.10-11 « jusqu’à un an environ » l.19, « jusqu’à l’âge de douze ans » l.22, « a un an» l.26 rythme le processus de la naissance et la vie  comme s’il s’agissait du cycle de vie d’un végétal ou d’un animal. Ainsi Duras écrit de la même façon qu’un naturaliste.


C- Enfin, elles constituent un cycle immuable

1. Emploi de l’imparfait tout au long du passage : Ce temps indique une habitude, pas de  chronologie mais des répétitions sans fin.
2. Aucune femme n’échappe à ce cycle : répétition du déterminant « chaque » l.4 et 16
3. Ce cycle est immuable comme le  souligne aussi la répétition du déterminant « chaque » l. 3 chaque année, l. 3 – 6 -16 -50 l’adverbe « régulièrement » l. 14  et le membre de phrase l. 54-55 « d’autres l’année d’après prenaient la place de ceux-ci ».
4. Comparaison : Assimilé à la respiration, élément essentiel à la vie l. 15-18 « comme si d’une longue et  profonde respiration, chaque année, le ventre de chaque femme se gonflait d’un enfant, le rejetait pour ensuite reprendre souffle d’un autre ». Les verbes « gonfler » et « rejeter » rappelle les mouvements d’inspiration et d’expiration.
5. L.13-18, la phrase est régulièrement  coupée par des virgules pour marquer de courtes pauses. Elle imite la respiration des femmes, la reprise du souffle.


II D’autre part, ce tableau est tragique car la mort des enfants est fatale. 

A- Tout d’abord pcq l’homme est impuissant

1. CCT «Depuis longtemps déjà» l. 41 et « il y avait mille ans que c’était comme ça » l.33-34 marque une fatalité ancienne et inéluctable. Les hommes et les femmes sont piégés dans ce passé. Ils ne peuvent pas se détacher de cette triste vie et donc vivre dans le présent. Chaque instant nouveau devient passé.
2. Répétition 10 fois sur 25 lignes (l .36 à 61) du verbe mourir ou de nom morts. Montre l’omniprésence de la mort des enfants, son aspect fatal.
3. La tournure impersonnelle «il en mourait tellement» répétée au début de deux phrases successives l.36-37 et l.39-40 met en évidence que les hommes ne peuvent rien faire contre ces morts. Il s’agit d’une anaphore et d’une hyperbole grâce à l’adverbe «tellement» qui montre l’importance du nombre d’enfants morts. Montre surtout l’impuissance de l’homme par la tournure impersonnelle : on a l’impression d’une plante qui fane ou d’un animal qui meurt sans l’influence de l’homme
4. L’anaphore de « d’autres » l. 54-57-58 permet d’énumérer les causes diverses et variés de la mort des enfants : choléra, noyade et insolation, comme s’ils ne pouvaient vraiment pas y échapper. Il y a tjrs q chose qui les fait mourir.
5. Les tentatives de sauvetage portent peu leurs fruits l.35-36 « en sauver quelques - uns »

B- Ensuite pcq l’homme s’est soumis

1. Plus de manifestation de peine : anesthésie de l’amour parental « on ne les pleurait plus » l. 40. Le « on » est ici impersonnel.
2. On ne leur fait même pas de tombe  « on ne leur faisait pas de sépulture » l. 41-42.
3. L’adverbe « simplement » répété l.42 et 45 confirme que les hommes et les femmes se sont accoutumés à la mort des enfants car on ne peut pas lutter contre.
4. « la boue de la plaine contenait bien plus d’enfants morts » l. 37-38  et  « les enfants retournaient simplement à la terre » l. 44-45  donne une connotation religieuse. On se rappelle que dans les livres bibliques l’homme est fait de boue. L. 37-38 : vision macabre qui renforce le côté tragique du tableau.

C- Enfin parce que ces gens de la plaine  sont abandonnés et rejetés
On voit poindre ici la critique du colonialisme.
1. Les coloniaux les laissent mourir de faim

- La famine est responsable de toutes ces morts l. 52-56 répétition de l’adjectif « affamés ».  la colonisation n’a pas améliorée leur sort.
- A cause de cette faim, les enfants mangent des « mangues vertes » l. 50-52. L’apposition de l’adjectif « affamés » souligne ce lien de cause à effet. Or cô l’écrit l’auteure, la mangue verte est responsable du choléra. Précision : faux. Il s’agit plus probablement d’une diarrhée cholériforme, c’est-à-dire qui ressemble à celle donnée par le choléra. En fait une grosse gastro.

2. Les coloniaux ne les instruisent pas
- « personne dans la plaine ne semblait le savoir » l. 49. Le verbe savoir montre que les coloniaux n’ont pas apporté le savoir, l’instruction comme ils auraient dû le faire.
3. Les coloniaux ne les comprennent pas
- De plus les blancs ne comprennent pas les traditions des indigènes. Ils sont dégoutés de leur pratique. L. 30-31 «  Lorsqu’elle le faisait par hasard devant un blanc, le blanc détournait la tête de dégout.»
4. Les indigènes vivent comme des animaux. La colonisation ne leur a pas apporté la civilisation ni le bien être : l.9 « les femmes étaient prises » pour signifier la fécondation. L. 26- 29 attitude animale de la femelle qui laisse son petit se débrouiller seule et ne le retrouve que pour le nourrir. L.29 « le riz préalablement mâché » rappelle les attitudes animales. Enfin, l. 46-47 et l. 60-61 les enfants sont comparés à des « singes » ou à des chiens errants » dont ils attrapent les vers. Les coloniaux ne leur ont pas apportés les soins nécessaires.


Conclusion:
Ouverture :
1. Les enfants de la plaine apparaissent régulièrement dans le roman. Ils marquent en fait l’évolution de Joseph et Suzanne. Au début du roman, p.20-21, ils sont leurs compagnons de jeux. Lorsque la mort de la mère approche, la description des enfants devient plus sombre car contaminée par l’ombre de la mort qui pèse sur la mère p.330. Ce sont eux qui terminent le roman, p.365, « leurs doux piaillements » est le chant d’espoir qui accompagne Suzanne et joseph sur le long chemin de la vie, vers la vile, sans la mère.
2. OU cette description des enfants de le plaine montre l’aspect satirique de l’œuvre. Marguerite Duras dénonce en effet les effets néfastes du colonialisme dans Un barrage…On retrouvera cette dénonciation de manière claire et évidente dans la description qu’elle fait un peu plus loin des hauts quartiers de la Ville. 

Fiche découverte : les éléments autobiographiques d'Un Barrage...


Fiche découverte : les éléments autobiographiques de l’œuvre
Dates : 1914-1996

I Les échos  à la vie de MD
·         L’action se déroule en  Indochine où les parents sont partis travaillés. Les enfants y ont grandi.
·         Père prof de maths meurt jeune.
·         Violence physique de la mère à son égard
·         Vie de la mère :
-          institutrice, veuve.
-          est au bas de la hiérarchie coloniale : vie pauvre.
-          Complète ses ressources en jouant du piano à L’Eden cinéma.
-          Achat d’une concession envahie par les marées du Pacifique.
-          Efforts acharnés mais vains de la mère contre l’administration coloniale : elle n’obtiendra aucune réparation.
-          Sera ruinée et mourra pratiquement folle,

·         Corruption de l’administration coloniale.
·         Vie  au bord d’un fleuve proche de la forêt, à la lisière de la jungle, en osmose avec une nature luxuriante et avec le peuple indigène dont les enfants se sentent proches. Au grand dam de leur mère, les enfants parlent vietnamien, vivent comme des enfants vietnamiens, en marge de la société coloniale.

→ roman d’inspiration autobiographique et pas roman autobiographique car LE RECIT N’EST PAS A LA 1ERE PERS. et il n’y a pas d’indication claire de l’auteur disant qu’il s’agit sans ambiguïté d’une autobiographie.

II Les éléments non autobiographiques

·         prénom des personnages : Les frères de Marguerite Duras s’appellent Pierre et Paul
·         un des frères de M D, d’ailleurs, Pierre,  n’existe pas dans le roman
·         Relation avec un riche héritier indigène qui ne s’appellent pas M. Jo et avec qui elle connaît son premier amour. (Dans le roman, c’est avec Agosti)
·         Suzanne ne va pas en pension comme M.D
·         la mère meurt en métropole en 1958 ( M.D a 44 ans) et pas en Indochine.

CCl° :
·         MD était une auteure engagée : contre le colonialisme et notamment en Algérie, en Mai 68 au côté des étudiants, pour l'abolition de la loi contre l'avortement.
·         Marguerite Duras était alcoolique : cures de désintoxication

A eu un succès en demi-teinte :
·         Un barrage contre le Pacifique  figure dans la sélection du Prix Goncourt qu’elle manquera de peu,  devient membre du jury du Prix Médicis.
·         Mais elle eut aussi de nombreux détracteurs…
Jean-Edern Hallier dit que M D n’est qu’une « vielle dame indigne des lettres françaises. » , que sa « littérature Tampax à l’usage des attachés de direction et des divorcées sur la quarantaine ».
 Pierre Desproges dira qu’elle  n’écrit que des « feuilletons de cul à l’alcool de rose. »