samedi 23 juin 2018

Fiche bilan : la musique chez Verlaine


Fiche bilan : la musique chez Verlaine

La musique est omniprésente  dans les Fêtes galantes. Il est souvent question d’instruments de musique (luth, tambourin, mandoline) de chants ( du rossignol ou   sérénades, romance, barcarolle). Reproduit même les notes de musique : do, mi, sol, la, si.
On sait que la musique est caractéristique de la poésie verlainienne :
 « De la musique avant toute chose »
« De la musique encore et toujours »
1884, Art poétique, (long poème dans lequel Verlaine explique sa conception de la poésie.)

I Quelle musique ?

A.      Une musique légère et badine qui correspond à une légèreté amoureuse
Ex : Un seul poème : « Sur l'herbe » : des protagonistes fredonnent à 2reprises « Do, mi, sol,  la, si » → jeu amoureux sans ombre, une vraie gaieté.
Dans les autres poèmes, la musique est liée à l'amour malheureux, à une douleur plus ou moins forte.

B.      Une musique en « mode mineur » qui correspond à un chant mélancolique et triste

Ex 1 : « Clair de lune » vers 3-4-5
Ex 2 : « En sourdine »

C.      Musique grinçante et forte qui correspond à une douleur vive

Ex 1 : « Fantoches » : « dont un langoureux rossignol/clame la détresse à tue-tête»
Ex 2 : « En sourdine » : « Voix de notre désespoir/le rossignol ne chantera »
→ La musique forte et le rossignol sont symboles de détresse
Le mélange de musique assourdie (B)  et assourdissante (C) crée ce que l'on appelle en musique la dissonance. Pourquoi? Sans doute pour s'empêcher de sombrer dans le silence. Par ce que le silence c’est le néant, la mort.

II À recherche d'une certaine mélodie
  1.  Le vers impair
« De la musique avant toute chose/Et pour le vers préfère l'impair »
Les vers impairs sont réputés pour être plus musicaux parce qu'ils sont utilisés dans les chansons populaires. Mais attention, dans Les fêtes galantes,  la plupart des poèmes sont composées d’octosyllabes, de décasyllabe, et d'alexandrins, c'est-à-dire de vers pairs.

Ex : « En sourdine » est composé de décasyllabe ce qui correspond à une tradition lyrique des 14ème et 15 ème  siècles, dans les ballades de Charles d'Orléans par exemple.

  1.  Dans la strophe

Verlaine recherche une certaine harmonie sonore.
1-       la rime : garder le même système métrique tout au long du poème, assure une certaine harmonie sonore
Ex : « En patinant » : rimes croisées

2-       assonances et allitérations accentuent la puissance suggestive du vers et créent une sorte de musique évocatoire.
Ex : « Clair de lune : allitération en [l], assonances en [an]→ crée une certaine mélancolie

C.      Sur un vers

Reprise de plusieurs syllabes voire d'un monde entier
Ex  : « Clair de lune » : masques et bergamasques

III La dissonance stylistique

A.       Au niveau de la strophe
1-       Rejet, contre- rejet et enjambement  = discordance entre la structure syntaxique et la structure métrique.
Exemple : « Clair de lune » et « Cortège » voir L.A

2-      Strophe hétéro- syllabique (contenant des vers qui n’ont pas le même nombre de syllabes)
Ex : « Dans la grotte : trois strophes composées de quatrains alternant deux octosyllabes, un alexandrin, un octosyllabe. Cette discordance exprime la détresse du poète.

B.      La dissonance au niveau du vers

1-       Diérèse qui crée un grincement dans l'harmonie du poème
Ex : « En sourdine » : diérèse sur « extasié »

2 - Nombreux tirets dans les poèmes qui créent une discordance graphique et imposent une pause de voix donc une dissonance rythmique.
Ex 1 : « En patinant » : « Heureux instants instants ! – Mais vint l'Eté » le [–] souligne le changement de saison et un amour plus difficile.

C.      Au niveau phonétique
Verlaine recherche des sons qui choquent l'oreille pour créer une discordance
Ex : « En patinant » : « quoiqu'on caquette »

Conclusion :
Chez Verlaine, la musique est un des thèmes clés, renvoyant à l'état d’âme du poète face à l'amour.
C'est une musique inhabituelle, qui ne cherche pas l'harmonie mais plutôt la dissonance et ce pour deux raisons :
1.       parce que l'harmonie correspond pour Verlaine à une certaine fadeur, qui lui est insupportable
2.       parce qu'elle est le reflet de ses états d’âme qui en aucun cas ne sont linéaires ni harmonieux mais qui sont au contraire très complexe.
Verlaine disait que sa poésie était une « chanson grise ». Le terme de « chanson » renvoie à la musicalité de sa poésie. L'adjectif « gris » montre que cette poésie est un mariage entre le noir et le blanc, le vague et l’aïgu, le mode mineur et l’aïgu, le silence et l’aïgu. C'est un mariage d'harmonie et de dissonance
Il a voulu faire une poésie suggestive qui exprime autre chose que ce qu'elle dit explicitement. C'est en cela qu'il est symboliste.



Fiche Bilan : Les femmes et l’amour chez Verlaine


Fiche Bilan : Les femmes et l’amour chez Verlaine

Chez Verlaine, La rencontre amoureuse ne se fait pas dans n’importe quelles conditions

I Le cadre propice  à la rencontre amoureuse

Verlaine veut rester fidèle aux tableaux de Watteau et à l’imagerie des fêtes galantes

A.        Le moment
Verlaine aime les moments de semi-obscurité soit
1.                   A la tombée de la nuit sous le ciel étoilé ou la lune : Clair de lune, Les Ingénus, En bateau, Sur l’herbe
2.                   Pdt la journée ms à l’ombre des arbres : A la promenade, En sourdine
→Moment favorable à la relation amoureuse parce que la semi- obscurité permet de se cacher des regards indiscrets et de s’abandonner à l’amour

B.       Le lieu :  2 lieux
1.                   Sous les arbres, les branches, plutôt qd on est en groupe et plutôt pour les séductions superficielles, les petits flirts Mandoline, A la promenade
2.                   Dans une grotte ou un pavillon : La grotte, Les coquillages

C.        Autres facteurs naturels nécessaires
1.                   Le vent   : léger et doux En Sourdine, les Ingénus
2.                   L’eau domestiquée: jet d’eau, fontaine, bassin, lacs Clair de Lune
3.                   Les parfums : roses et lilas En patinant, Cythère

Une fois ce cadre établi, la relation peut avoir lieu. Cette relation est qq peu ambiguë

II La manière dont Verlaine perçoit la femme est ambigüe

A.       Dans le  portrait physique

1.                   La femme inspire le désir
Verlaine s’attache bcp au visage car les  parties du corps qui sont le lieu des baisers :

Visage : cheveux « blonds », nez « mignon », « bouche incarnadine, grasse et divine »  L’Allée
Gorge : « blanche » Cortège
Nuque : « blanche » Les Ingénus ; « rose courte et grasse » Les Coquillages
Main : « gantée avec art » Cortège ; « doigts fluets aux larges bagues » L’Allée
Jambe : « bas et jambes » Les Ingénus

2.                   Mais en même temps, il émane d’elle une certaine innocence, une pureté  notamment par les nombreuses références à la blancheur de la peau ds Cortège, ou A Clymène « pâleur de cygne »

C’est ce mélange d’innocence et de sensualité qui fait pour Verlaine le charme e de la femme

B.       De par son portrait moral
Ex : le personnage de Colombine

Elle est à la fois amoureuse et cruelle

aguicheuse et repoussante
Rêveuse et amoureuse ds Pantomime
Méchante, implacable ds Colombine
Ds Colombine, la femme est « preste et relevant ses jupes »
Ds le même poème, elle dit « à bas les pattes »

C’est sans doute pour se venger de cette cruauté que Verlaine se moque d’elle

C.        Parce qu’elle est objet d’amour et  de moquerie

Voir L.A Cortège
+ Ds L’Allée, Verlaine est très ironique : « fardée et peinte comme au tps des bergeries » v.1 souligne sa tenue démodée. Au v. 10 il la compare à un animal de compagnie peu flatteur  la « perruche[s]. Il montre que c’est une femme bavarde dont les propos fatiguent vite. Il dit aussi qu’elle a « un éclat un peu niais de l’œil » v. 14. .

III Comment définir la relation amoureuse ?

A.       Empreinte d’une forte sensualité
Apparaît dans :
Ø  Les mots d’amour Les Ingénus
Ø  Les baisers Sur l’herbe
Ø  Dévoilement des parties du corps érotiques ou allusion Cortège, Les Ingénus
Ø  Evocation du désir : « fièvre » ds Cythère ; « je brûle et tu t’enflamme » ds Les Coquillages ; « jeux de fous » Les Ingénus ; « sens extasiés » En sourdine
Ø  Evocation de l’acte charnel avec les « courbatures » Cythère

B.       Empreinte de libertinage

Le libertinage est un courant de pensée qui se définit par l’affirmation d’une indépendance morale, religieuse et sexuelle. On retrouve dans les Fêtes galantes qq points communs avec le libertinage
Ø  Gens nobles, riches raffinés Cortège, L’Allée
Ø  Ont érigé l’hypocrisie en mode de vie et d’action : n’aiment pas sincèrement. Veulent simplement prouver leur talent de séduction. On retrouve cette hypocrisie / tromperie dans les FG ds  
- A la promenade avec les « trompeurs exquis », « les cœurs affranchis du serment » 
- Les Ingénus avec « jeu de dupe »
- En patinant «  nous fumes dupes », « manigances mutuelles » et « parieurs ». Ce dernier adjectif rappelle Les Liaisons dangereuses de La clos et le pari entre Mme de Merteuil et Valmont.

Mais attention, Verlaine n’est pas un libertin. Le libertin veut faire le mal autour de lui. Il retire de la souffrance d’autrui une jouissance.
≠ chez Verlaine qui ne veut pas causer du mal à quiconque. Au contraire, c’est lui qui souffre, qui a mal.

C.       Empreinte de souffrance et de désespoir

Verlaine veut donner l’illusion d’un amour heureux, fait de fantaisie, de sensualité, de jeux. Mais, il ne peut empêcher sa douleur de ressortir comme on le voit dans la dernière strophe de « En Sourdine » ou dans  « Clair de Lune »

Cause de ce désespoir :
1.                   Mort de l’amour Le Faune, Colloque sentimental
2.                   Lassitude des amants En sourdine
3.                   Spleen Clair de Lune
4.                   Peur de la fuite de l’amour

CCl° : les références aux comédiens italiens dans les FG sont moins anodines qu’il n’y paraît. Ce ne sont pas seulement des références à Watteau. Les comédiens italiens veulent créer l’illusion de la réalité comme Verlaine veut donner dans son recueil l’illusion d’un amour léger, libertin, heureux. Ms il n’y parvient pas et le lecteur sent très bien que derrière cette fantaisie se cache une profonde de douleur. Les FG sont moins des Fêtes que des drames amoureux / galants.











Ø  O

L.A « Colloque sentimental »


L.A « Colloque* sentimental »                                   * Entretien entre 2 personnes

Dernier poème des Fêtes galantes.

Ferme le recueil d’une manière sombre, voire lugubre. Les pers. ne sont plus d’insouciants danseurs mais des spectres, c’est-à-dire des revenants, figures chères de la littérature fantastiques du XIXème siècle. On assiste à un dialogue entre 2 anciens amants. L’un se souvient avec bonheur du temps passé et heureux de l’amour. L’autre ne se souvient de rien et renie cet amour.

Comment Verlaine exprime-t-il ici le désespoir amoureux ?

I Tout d’abord, il exprime ce désespoir par un cadre spatio-temporel  lugubre

A-     En effet, la souffrance est rendue par le  décor sombre voire morbide

Ex 1 : Connotation v1 et 5 « vieux parc solitaire et glacé » on est loin du décor traditionnel des parcs des Fêtes galantes. Plutôt image d’un cimetière. Personnification du parc par les adjectifs « vieux » et « solitaire ». Idée de solitude, de vieillesse, très pessimiste qui connote la mort. L’adj « glacé » introduit l’idée de froid, froid de la fin de l’amour, de la mort.  Eau morte puissance 2.

Ex 2 : La répétition du premier distique v. 5-6 crée un refrain, une musicalité mais funèbre ici. (chanson triste)

Ex 3 : v. 15 « avoines folles « : le vieux parc est envahi par les herbes sauvages. Symbole de la fuite du temps aussi
On peut voir aussi un jeu de mot du poète. La folle avoine est l’avoine sauvage, stérile. Est-ce une manière de montrer que l’amour est désormais mort, stérile ou que c’est folie de croire à la résurrection de l’amour ?


 Ex 4 : Antithèse : par effet de contraste cet aspect morbide est renforcé par la mention au v.13 du « ciel bleu ».

B-     Le désespoir apparaît également dans l’évocation du temps

Ex 1 : fuite du tps inexorable  marquée
·         Fuite du temps matérialisée par la dégradation du décor v.1 « parc solitaire et glacé » + avoines folles→

·         l’emploi dans le discours des personnages du PC qui présente l’action comme définitivement terminée.

Ex 2 : v.16 « nuit » idée de mort aussi.

Ex 3 : v. 2 jeu sur le double sens du verbe « passer » : mourir si conjugué avec « avoir » comme c’est le cas ici.

l’amour est mort. Le temps fait son œuvre. Impossibilité de retour en arrière, c’est là le malheur.




II Ce désespoir est exprimé en outre par les personnages

A-     Car  les personnages sont morbides eux-aussi

On retrouve la correspondance paysage/ sentiments des personnages chère à Verlaine.

Ex 1 : métaphore : personnages = des « formes » v. 2  puis des « spectres » v.6  c’est-à-dire des revenants. Par métonymie, ces spectres / fantômes désignent l’amour mort que l’un des personnages tente de faire renaître. Amour revenant.

Ex 2 : Néanmoins, dans ce dernier poème, Verlaine nous plonge dans le fantastique : on hésite entre réalité et irréalité.
-          Ces personnages sont-ils des personnes ou des fantômes ?
-          Le poète est-il l’une d’entre elle ?
-          Sommes - nous dans la réalité ou  dans un rêve puisque « la nuit seule entendit leur parole » v. 16. ?
→ ≠ tableau de Watteau mais plutôt dans un tableau romantique cf définition de « romantic » = accord entre l’âme et la nature. Plus tableau de Friedrich  Homme et femme contemplant la lune ou L’abbaye dans une forêt de chênes ou L’entrée du cimetière. Comme si à la fin de son recueil, Verlaine revenait à la réalité de son siècle.

A partir de là leur description correspond au type du revenant :
Ex3 : CL de la mort :
-          v.2 « formes » non identifiée qui renvoie à l’idée du fantôme, sans contour ni physionomie particulière ;
-          V3 « yeux morts » : absence de regard,
-          v. 3 « lèvres molles » décrépitude des chairs ici symbolique car les lèvres sont symbole du baiser et de la sensualité,
-           
-          v. 4 voix assourdies « on entend à peine leurs paroles ». Sortent la nuit v.16.


B-     De plus, leurs sentiments ne sont pas réciproques, ce qui entraine le désespoir

1.      L’un est amoureux et cherche à retrouver les sentiments amoureux d’autrefois
2.      L’autre n’est plus amoureux et refuse de se souvenir

1.       
Ex 1 : Le premier tutoie v. 7-9 : rappelle l’intimité tendre d’autrefois
·         Evoque leur ancien amour qui était à la fois physique et sentimental
v.7 « extase » c’est –à-dire plaisir des ébats, v. 12 « joignions nos bouches » périphrase ( Ex 2 )  pour baiser →physique 
et « cœur qui bat » v. 9 et v.10 rêve de l’autre i .e sentiment, affect
·         Rappelle le bonheur ancien avec un CL (Ex 3): « les beaux jours », « bonheur indicible » v. 11, « ciel bleu »v.12, « espoir » v. 13. Hyperbole au v.13 (Ex 4) qui marque leur bonheur intense passé. L’enjambement v.11-12 (Ex 5) souligne la volonté du pers de retrouver cette complicité perdue. Le « ciel bleu » est une métaphore (Ex 6)  de l’amour heureux, du bonheur.
·         Les questions ( Ex 7)  qu’il pose v. 7-9-10 demandent à l’autre s’il est tjrs amoureux. Ces questions affirment en fait  son propre amour et  sont en même comme des supplications adressées à l’autre pour qu’il redevienne amoureux
·         Il manifeste son regret par l’exclamation et l’interjection ( ex 8)  v.11-12 et par la tournure intensive ( Ex 9) « qu’il était … » v. 14. Car au fond de lui, le pers sait que l’amour est fini v.7 « ancienne », v.12-13, utilisation de l’imparfait ( Ex 10)« joignions », « était ».

2.      Le deuxième vouvoie v. 8 ce qui manifeste sa distance.
Nie à la fois
·         l’amour v. 10 « non » il n’est plus amoureux
·         le nom de l’autre par l’écho ironique (Ex 11)  à la rime nom / non. Le nom de l’autre, son identité même est oubliée, voire niée par l’indifférent
·         mais aussi le souvenir même de cet amour v. 8 question rhétorique (Ex 12)  ironique qui est l’équivalent d’une négation. Reprend de manière ironique les mots de son interlocuteur pour mieux les nier. La question lui permet en outre de montrer qu’il trouve les propos de son interlocuteur  ridicules. Il trouve ridicule de se souvenir de l’amour passé.
·         Le chiasme v.13-14( Ex 13)  entre « ciel » et « espoir » souligne l’opposition des personnages qui ne partagent plus les mêmes sentiments. Il est  le symbole de leur désunion.

Pointe de sadisme v. 12 laisse entrevoir par l’emploi de l’expression « c’est possible »  la possibilité d’un souvenir avant d’en fermer définitivement la porte v.14 où il  ne laisse plus aucun espoir à l’autre v. 14. « Le ciel noir » est symbolique de la mort de l’amour. S’oppose au  ciel bleu et à l’espoir évoqué par le premier personnage.

Ccl° : dialogue universel car anonyme : qui est l’hô, la fê ?
La tentative échouée de cet  amant qui essaie de tirer du néant un amour défunt rappelle l’attitude d’Apollinaire dans Poèmes à Lou. Alors que Lou lui a clairement fait comprendre que tout était  fini. Apollinaire lui écrit des lettres- poèmes enflammés du front. Ne tente-il pas ainsi de faire revivre un amour mort ? D’ailleurs sa volonté de sous titrer ses poèmes « Ombre de mon amour » ? ne témoigne-t-elle pas, de la part du poète de la volonté de  sauvegarder ce qu’il restait de son amour (son « ombre »)