samedi 7 avril 2018

L’amour courtois 1ère L


L’amour courtois

Au Moyen Âge, la relation amoureuse est conçue sur le schéma de la relation féodale. Il s'agit de  la « fin’amor » : la dame, désignée sous un pseudonyme, pour garantir le secret car elle est mariée, équivaut au suzerain/ seigneur. Elle domine l'homme, qui est son vassal. Il est fort, adroit, mais, surtout, loyal envers son suzerain. Il est noble  de cœur, franc, poli et raffiné.
Si la dame accepte que l'homme la courtise, il doit la mériter en  se pliant au « service d’amour », c’est-à-dire une série d’épreuves au cours desquelles il montre  sa force physique,  son courage. Tous les  exploits qu’il accomplit pour sa dame, la souffrance endurée, le grandiront moralement. Ces épreuves prouvent sa perfection morale et lui permettront de conquérir sa bien-aimée et d’obtenir une récompense. Mais il  doit se montrer patient.

Lorsque la femme l'en juge digne, elle lui accorde sa « merci » et lui donne le droit de porter ses couleurs lors des tournois : le chevalier combat alors pour sa dame, pour son honneur, pour mériter son amour.

L’amour courtois ou « fin’amor » jette les bases de la rencontre amoureuse dans les romans.

vendredi 6 avril 2018

L.A 4 : « Le garde, pendant que Juliette se met à pousser le roi… le Garde reprend sa place » p. 107- 110




Situation du passage : Dans notre extrait, le garde prononce l’éloge funèbre* du Roi. Il n’est pas encore mort. Il lutte  pour rester en vie.   Mais il a pris place sur un fauteuil roulant, signe de sa déchéance physique et de sa mort prochaine S’il résiste trop d’ailleurs, le Médecin et Marguerite « peuvent [l’] obliger à se décider »p.106. Sa mort est donc inéluctable. L’éloge funèbre du Garde ne surprend donc pas le lecteur- spectateur.

*Eloge funèbre : discours généralement public prononcé à la mémoire d'une personne disparue, généralement lors de son enterrement. On y rappelle les éléments importants de sa vie, ses actions marquantes. On y fait les louanges de la personne, on y présente ses qualités.  Discours positif.


Comment Ionesco ridiculise-t-il ici l'éloge funèbre du roi ?


I Tout d’abord, il propose un panégyrique absurde (éloge exagéré)

A.      En effet, la personne du  roi est un condensé improbable /  impossible de tous les grands bienfaiteurs de l'humanité.

1.       Il est le père de l’humanité
Ex 1 : l. 5 périphrase « il a volé le jour aux Dieux » désigne Prométhée auquel le roi est assimilé par métaphore. Prométhée a rivalisé avec les dieux en créant l'homme avec de l'argile. Puis il est allé voler le feu aux dieux et a animé l'homme avec ce feu. Identité impossible car on sait que le Roi a approximativement 300 ans → né au 17ème siècle. Or la légende de Prométhée est bien plus ancienne →Antiquité

2.       Le roi est un grand inventeur qui a permis les progrès des conditions de vie de l'homme puisque
a)      Ex 2 : l.9-10 « il a inventé la fabrication de l'acier » Or l’invention de l'acier est vieille de 4000 ans→ impossible  que ce soit le Roi l’inventeur. Cette invention  a permis
·         Ex 3 : le développement d'outils pour travailler la terre : l. 22 23, champ lexical des outils : « faucilles, charrues, moissonneuses, tracteurs »
·          la fabrication d'armes pour tuer les animaux et d'ustensiles de cuisine pour préparer la nourriture.
·         Ex 4 : La révolution industrielle du XIXe siècle ce que le Garde  rappelle par le champ lexical de cette révolution l. 20 21 : « rail, chemin de fer, automobile, tour Eiffel. »
b)      Ex 5 : Le roi est également l'inventeur de l'électricité nucléaire comme le suggère le garde l. 68 « il a inventé la fission de l'atome ». Cette fission a entraîné le développement en France de l'électricité nucléaire comme le suggère Juliette dans la réplique suivante.

3.       Le roi est la synthèse des grands auteurs de l'humanité. Or chacun sait la littérature aide à vivre.
l. 35 : « il a écrit l'Iliade et l'Odyssée » périphrase qui le désigne comme Homère.
l. 49 - 50 « il a écrit des tragédies, des comédies, sous le pseudonyme de Shakespeare »

Or impossible. Dans les 2 cas, le Roi est trop jeune… (Homère = auteur antique / Shakespeare = 16ème)

→ Le lecteur / spectateur comprend bien que ce panégyrique est absurde car le Roi ne peut synthétiser toutes ses activités. C’est trop pour une seule vie, même une vie de 300 ans. D’autre part, il y a un pb de chronologie.

B.      En outre, les propos du garde sont eux aussi  absurdes et incohérents.

1.       On a l'impression qu'il ne se soucie pas de la vérité mais qu'il enchaîne les qualités du Roi  par association de mots et d’idées.
·         Ex 1 : De la  l. 2 à 10 le garde enchaîne ses phrases grâce au Champ lexical  du feu. Le mot « poudre » l. 5  semble entraîner  le mot « feu » un peu plus loin (l.5)   et se retrouve dans l'expression «  mis le feu aux poudres ». Cette expression entraîne l’idée d'explosion que l'on retrouve dans « tout a failli sauter » l. 6. Puis  on retrouve l'idée du feu l. 9  avec les « forges », forges où l'on a inventé « l'acier » l. 10. On a un premier chemin lexical bouclé.

·         Ex 2 : On retrouve un deuxième chemin lexical  l. 12 à 19 avec le champ lexical de l’aviation. On passe du « premier ballon » l. 13 au « ballon dirigeable » l. 13 -14 puis à l. 15 «  l'aéroplane ». Bien évidemment cette navigation aérienne amène l. 16 le nom  d'Icare qui avec son père Dédale est l'un des premiers à voler. Icare est tombé « dans la mer » et cette idée de mer amène l. 19 «petit dauphin » qui par jeu de mots désigne à la fois l'animal et le fils du roi. ( Ex 3)

·         Ex 4 : jeu de mots : la référence aux « forges » l. 9 nous fait penser à ce Vulcain dieu forgeron dont le nom donnera le substantif « volcan »  que l'on retrouve l. 28 «  il a éteint les volcans ».

2.       Ex 5 : Le  garde parle aussi par association d’expressions toute faite l. 5- 6 on retrouve l'expression « inventé  la poudre »  reprise plus loin par « mettre le feu aux poudres ».

3.       Les propos du garde sont également contradictoires
Ex 6 : Antithèses  l. 30 -  31 «  les révolutions, les contre révolutions » / « la réforme, la contre- réforme » et le Paradoxe entre la l. 35 « il a écrit il y a L’Iliade et L’Odyssée » et l. 42 « il a fait les meilleurs commentaires sur Homère et l’époque  homérique ». Il ne peut être en même temps auteur et critique de sa propre œuvre.

L’éloge du garde perd donc toute sa logique et toute sa crédibilité. Elle semble s'enchaîner comme une comptine d'enfants, par association / opposition de mots, d’idées.


II D'autre part Ionesco met en évidence, en contrepoint, les limites et les défauts de ce roi.
A.      En effet de nombreux défauts apparaissent dans les actes passés

1.       Sa cruauté
Ex 1 : l.8 expression familière « il n'était pas commode ». Confirmé l.57 par « il m'avait défendu » et par l'appellation « Maître » l. 72
Ex 2 : L'hyperbole l. 12 « il travaillait 18 heures sur 24. Nous autres, il nous faisait travailler davantage encore. » suggère que le roi réduisait en esclavage ses sujets. Il semblait également n'avoir aucun scrupule à se servir des autres comme des cobayes  l. 16 - 18 « les premiers pilotes d’essai Icare et  tant d'autres sont tombés dans la mer jusqu'au moment où il a décidé de piloter lui-même »
Ex 3 : Connotation sanglante de certains moments de l'Histoire l. 30- 31 les références aux révolutions contre-révolution / Réforme et Contre-Réforme.

2.       Son incapacité
Ex 4 : Gradation descendante dans la qualification du roi : « Majesté » l.1 puis « Commandant » puis « Ingénieur » l. 12 et « Mécanicien » l. 23. Grâce à ce titre de mécanicien le garde met le roi au même niveau que lui de vie puisque l. 18 il déclare « j'étais son mécanicien ». Il est même l. 73-73, un simple directeur.  →il semble donc avoir perdu tout son aura, son pouvoir.
Ex 5 : Négation dans la bouche de Juliette l. 61 «  Il ne savait rien faire de ses mains »  qui contredit les propos du garde l. 58-59 «  Il faisait tout de ses mains ». Elle renchérit même en disant «  pour la moindre réparation, il appelait le plombier ». →incapable. Le lecteur – spectateur se rend bien compte de la fausseté des propos du garde qui est peut-être encore dominé par la peur du Roi.

B.      Mais Ionesco fait également ressortir ses limites dans le présent : le roi est gâteux

1.       En effet le roi a perdu sa motricité
Ex 1 : CCl l. 2: « dans un fauteuil à roulettes ».
Ex 2 : Sujet des verbes « pousser » et «  promener »  l. 1 et 3 est Juliette. Le Roi est complément ce qui  montre son incapacité et le fait apparaître comme un vieillard.
2.       Le roi perd la  mémoire
Ex 3 : l.26 le roi avoue avoir « oublié »
Ex 4 : 2 Questions l.37 et 47 : la première pour savoir ce qui nous entoure «  qu’est-ce qu’un auto » et la deuxième pour s'étonner de toutes les actions qu'on lui prêt «  Est-ce vrai ? »  Il a perdu la mémoire non seulement il n'a plus de souvenirs personnels mais en plus il a perdu la notion des choses simples.
Sa question l. 37  « qu'est-ce qu'une auto » est d'autant plus troublante que c'est lui qui, d’après le garde,  a inventé l'automobile.
Ex 5 : l. 47 exclamation « J’ai fait tout cela ! » confirme son absence de souvenirs comme s’il était atteint de la maladie d'Alzheimer.



L.A n°3 « Il étouffe » … « ça le freine » p. 75 à 77


L.A n°3  « Il étouffe » … « ça le freine » p. 75 à 77

Situation de l'extrait :
Dans les pages précédentes, le roi a appris du médecin et de Marguerite, sa première épouse, qu’il allait mourir « dans 1h30 » c'est-à-dire « à la fin du spectacle ». Mais il refuse d'accepter sa mort. Face à ce déni, Marguerite est agacée. Froide et autoritaire, elle voudrait que tout se passe vite et bien c’est-à-dire dignement. Marie, la seconde épouse, est quant à elle choquée. Elle ne veut pas que le roi meure. Elle l’aime tendrement. Mais, voyant qu’elle ne peut lutter contre l’inévitable, elle se range aux côtés du médecin et de Marguerite pour essayer  de l'amener à accepter de mourir.


PBQ : Comment Ionesco nous présente-t-il la mort dans ce passage ?


I Tout d'abord, il nous présente la mort comme quelque chose de négatif, que l'on repousse, que l'on refuse. C'est l'attitude traditionnelle. C'est l'attitude du roi.

A.       D’une part, la mort nous est présentée comme négative parce qu'elle apparaît comme une déchéance physique.
C'est pour cette raison que le roi la rejette.

Ex1 : nombreux symboles de la mort :
 l. 2 « il étouffe » = perte de la respiration. Or c'est une des fonctions premières de la vie, qui permet le fonctionnement des organes
L.  34 « mes pieds commencent à refroidir » = froid de la mort.
L. 37 « que je vois, que je vois, que je vois » : la répétition du subjonctif présent indique que le roi est en train de perdre la vue. C'est le début de la dégénérescence.
L. 50-51 « il ne vous a pas comprise, il ne peut plus, pauvre cerveau. »= Dysfonctionnement des fonctions cérébrales, perte des facultés.
→On assiste à la déchéance physique du Roi.

Ex 2 : l.11 le conditionnel dans la bouche de Juliette montre l’incapacité du roi à faire ce cheminement interne.

Ex 3 : l.21 à 25 répétitions du verbe « comprendre » à la forme négative confirme cette incapacité → déchéance intellectuelle


B.      D'autre part, la mort nous est présentée comme angoissante
Elle fait peur et provoque le désarroi/le désespoir de Béranger.


Ex1 : l.4 : métaphore de la peur « la peur lui débouche l’horizon ». La peur devient matière, elle est palpable, ce qu'il intensifie. Souligne l'angoisse du Roi.

Ex 2 : l.28 l'interrogation du roi  « comment m’y prendre » montre son désespoir, son désarroi.

Ex 3 : l. 30-31 la répétition 3 fois du verbe « aider » insiste sur l'idée que le roi est aux abois, qu'il cherche en vain une issue de secours. Se confirme avec son exclamation « au secours ! » l. 46 qui montre  son sentiment d'impuissance. Il cherche vainement une échappatoire et  est impuissant face à son malheur

Ex 4 : l. 31- 32 - 38-39 10 impératifs adressés au soleil. Il s'agit d'une invocation (demande insistante faite en général à une divinité). Le soleil, répété 7 x = symbole pour le roi de son pouvoir et de sa vie. Il semble prendre ici les allures d'un Dieu. L'emploi du mot  « soleil » utilisé par doublon l. 32, 37,38 renforce l'invocation.
→Donne un côté pathétique à la lutte du roi contre la mort.


II Mais, il nous présente aussi la mort comme un état acceptable.

A.      En effet, Ionesco, à travers Marie, présente la mort comme une nouvelle vie, dans la joie et la lumière.

Ex 1 : Champ lexical de la lumière + polyptote +  métaphore : lumière l. 6-8, ébloui l. 7, éblouissement l. 7 (polyptote), la joie t'éclairait l. 14- 15, resplendissante aurore l. 17
Ce champ lexical fait référence, pour Marie, à la mort. Il s'agit de l'image traditionnelle d'une lumière blanche vers laquelle on se rapproche lorsque l'on est en train de mourir.
La polyptote soul. l'intensité de cette lumière.
La métaphore « la joie t'éclairait » l. 14- 15 montre que Marie veut assimiler cette lumière au bonheur pour que le roi comprenne que la mort n'est pas forcément effrayante mais que la mort peut aussi être lumière et joie.
Pour écrire cette pièce Ionesco s'est inspiré du livre tibétain des morts le Bardo Thödol dans lequel il est écrit : « Maintenant que ta respiration a presque cessé, voici pour toi le moment de chercher une voie car la lumière fondamentale qui apparaît lors du premier état intermédiaire va poindre ». Cet état intermédiaire dont parle le livre est un des états qui  permet aux mourants d'accéder à la mort. Marie veut donc guider le roi vers une certaine sagesse pour qu'il accepte de mourir. Il s'agit d'une sagesse orientale

Ex 2 : l.6 l'impératif « laisse-toi » permet à Marie d'inciter le Roi a accepté sa mort.

Ex 3 : l.8 les 2  comparaisons « comme un flot, comme un fleuve de lumière éclatante » ainsi que la métaphore contenue dans la comparaison « fleuve de lumière » permet de fusionner la lumière et l'eau. Ce sont deux éléments symboliques de la vie. Eau =  liquide amniotique dans lequel baigne le bébé. La lumière =  ce qu'on voit lorsque l'on nait. Cette fusion des deux éléments de la vie qui « pénètre les chairs et les os »  permet à Marie de montrer au roi que la mort n'est pas une fin, mais une renaissance. On retrouve encore ici l'eschatologie orientale de la réincarnation.
Eschatologie : ensemble des croyances et doctrines portant sur le sort ultime de l'homme

Ex 4 : l.13 impératif  « souviens-toi » Marie tente de faire accepter la mort au roi en rattachant cette mort à des souvenirs heureux. Pour cela elle assimile la lumière et la joie  à ces souvenirs.


MAIS
 Pour le roi, le soleil n'est pas cette lumière qui nous attend au moment de mourir, mais le symbole de la vie. Il l'oppose d'ailleurs aux symboles de la mort l. le 31 « chasse les ombres, empêche la nuit », l. 32 « éclaire toutes les tombes, entre dans tous les coins sombres et les trous », l. 33 34 « pénètre en moi, ». Il  veut retrouver la lumière de la vie, la vie. C'est la même chose lorsqu'il emploie l. 35 le subjonctif présent « que tu entres dans mon corps, sous ma peau, dans mes yeux. Rallume leur lumière défaillante, que je voie ».
→Il y a donc une incompréhension entre Marie et le roi que le médecin soul. à la l. 48 « ce n'est pas de cette lumière que vous parliez ». Pour le roi, la lumière =  vie alors que pour Marie,  la lumière = la mort.


B.      En outre, Ionesco rend la mort acceptable par la dédramatisant grâce un comique grotesque.

Ex 1 : l. 38 utilisation de tournures infantiles « petit soleil, bon soleil » qui lui ôtent t toute dignité et le rendre grotesque ( qui suscite le rire par son extravagance ou son ridicule )

Ex 2: l. 39- 40 antithèses + hyperboles « dessèche et tue le monde entier s'il faut un petit sacrifice (opposition entre le monde entier et petit sacrifice) +  « que tous meurent pourvu que je vive éternellement » (opposition entre tous meurent et je vive)
→ L’égoïsme monstrueux de Bérenger, sa cruauté, sa folie
→ L'énormité de ses propos les rend grotesques. Sa résistance et grotesque.

Ex 3: l. 55- 56 hyperbole « même avec une rage de dents pendant des siècles et des siècles » →renforcent le côté grotesque de B. qui perd la tête.


Ex 4: l. 61 jeux de mots de Marguerite et mise en abyme « il n’y a que sa tirade qui n'en finit plus. » Pour Marguerite « finir » = arrêter de parler alors que pour le roi « finir » = mourir.



L.A.2 : « Tu vas mourir dans une heure et demie [...] le mieux de la fin » p. 37 à 44


L.A.2 : « Tu vas mourir dans une heure et demie [...] le mieux de la fin » p. 37 à 44

Situation du passage : le roi arrive tardivement  sur scène p.30. Il est déjà apparu dans la scène d’exposition mais juste pour passer. Il n’est pas resté et n’est pas intervenu. Ionesco veut créer un effet d’attente et faire de l’arrivée du roi un événement.
Moment clef de la pièce puisque c’est là que le roi apprend des autres personnages qu’il va mourir.  Cela peut paraître étrange mais c’est conforme à la réalité : c’est souvent une tierce personne qui nous apprend notre propre mort, notamment un médecin. Parfois, par ménagement, c’est un membre de la famille, comme ici : ce sont Marguerite et le médecin qui apprennent au roi sa mort prochaine.

Ex 1 : Répétition + temps verbal: « Tu vas mourir » répété 4 fois l. 2-7-11
→Insiste et montre que cette mort est inévitable.
→L’emploi du futur proche renforce cet aspect inévitable et proche de la mort du roi.
C’est la fatalité : fatum. Puissance contre laquelle on ne peut rien. C’est une force qui s’oppose au libre arbitre de l’homme.  A la l.14, « pour l’éternité » insiste sur le caractère « irréversible » de cette mort comme le disait Marguerite au début de la pièce.
→Tragique.
→Pitié. Seule Marie en témoigne avec son exclamation/ invocation à Dieu l.8.

Ex 2 : CL de la cuisine :
-p. 37 l.11-14 très terre à terre.  Mourir, c’est d’abord ne plus avoir besoin de se nourrir = anéantissement du corps et  disparition de tout ce qui est de l’ordre des sens.
→Comique vient du décalage entre les propos du médecin, triviaux et les circonstances tragiques. Propos pas adaptés aux circonstances.

Ex 3 : CL du complot
·         Il accuse tt d’abord Marguerite l.220-21 qui aurait tjs souhaité sa mort
·         Il envisage ensuite un vaste « complot » l.69 dont le but serait alors de le faire abdiquer et dont feraient partie Marguerite et le médecin. Ces comploteurs sont des « fous » ou des « traîtres » l.74 à moins que ce ne soient p. 42 « des conjurés, des bolcheviques » l.140 qu’il tente de faire arrêter l.80
→Le roi essaie de trouver des causes externes à sa déchéance = victime de son entourage.

Ex 4: CL de la maladie
Maladie du Roi
 Adjectif « malade » employé également par Marguerite l.27,  on parle de « douleurs » l.33, le roi crie « aïe » l.38 et il semble même malgré lui avouer sa maladie puisqu’il déclare : « c’est parce que je ne me suis pas mis dans la tête de ne pas avoir mal »l.38-39
mise en évidence de la maladie du roi contrebalancé par son déni« je me porte bien » l.18, « je ne suis pas malade » 2X l.28 -29
le roi refuse d’accepter sa mort.
Maladie du garde
« goutte et rhumatismes » l. 99-100. Il se paralyse l.112-113, il est « pétrifié » l.122 « symptôme caractéristique ». A travers le garde, c’est « l’armée » qui est paralysée, victime d’un virus l.102-104.
Lorsque  le médecin dit l. 124-125 « c’est un symptôme caractéristique. Médicalement, c’est très net », il sous-entend que cette paralysie de l’armée et du garde correspond à la dégradation physique du roi et à la perte de son pouvoir. Car un roi sans armée n’a plus de pouvoir.

 Ex 5 : Négations du verbe ²pouvoir² : « tu ne peux même plus» l.28 et l.43-48 structure parallèle : « tu ne peux plus » / « tu n’as plus de pouvoir » 2X / « tu ne peux plus » / « tu n’as plus de pouvoir » qui donne l’effet d’une litanie et d’une fatalité implacable qui s’acharne contre lui.

Ex 6 : Image l.55-57  d’un monde qui tombe dans un trou. On sourit à l’évocation des ministres qu’on ne peut plus « repêcher ». On sourit également à la paralysie de l’armée.

Ex 7: Répétition  4 fois de l’expression « tout seul » l.141 à 144.
→ Il essaie de résister physiquement, refuse l’aide de Marie.  La répétition
→Solitude de l’homme devant sa lutte contre la mort et contre la mort.

Ex 8: Répétition du geste : Il tombe 4 fois l.141 à 164 et à chaque fois se relève.
→Montre son acharnement à rester en vie.

Ex 9 : Temps verbal  A chaque fois qu’il tombe, « le roi se meurt » annonce le garde l.146-l.162. Il alterne aussi « le roi est mort » l. 152
·         forme pronominale au présent qui renvoie à l’agonie c’est-à-dire pas encore la mort : aspect non accompli
·         forme simple au passé composé qui renvoie à l’aspect accompli, la mort s’est réalisée.
→ Bien montrer qu’après l’agonie surviendra la mort. Pas d’échappatoire. 

Ex 10 : comique de gestes L’utilisation du sceptre comme béquille relève aussi d’un humour pathétique. l.149.
→Burlesque. On note la symbolique très forte
Þ Une vision grotesque de la mort : d’un comique contrefait, extravagant, bizarre. 

Ex 11 : Mise en abyme : l.155 «  Quelle comédie ».
→Mise en abyme : Transposition du registre de l’œuvre à l’échelle de cet extrait.
→Fonctionne comme un clin d’œil de l’auteur pour ceux qui n‘auraient pas compris.


Ex 12 : la didascalie antithétique l.172-173 « guignol tragique ».
Renvoie bien à la double thématique comique et tragique.
« guignol »: Personnage ridicule
« Guignol » : personnage de théâtre de marionnettes de tradition lyonnaise, symbolisant l’esprit railleur et frondeur du peuple.

Þ le jeu des acteurs doit donc avoir quelque chose de mécanique. Renvoie au comique de gestes et au genre de la farce les personnages ont des réactions  parfois mécaniques.
Or Bergson définit ainsi le rire : « le rire, c’est de la mécanique plaquée sur du vivant ».

Þ le jeu des acteurs comme des marionnettes les déshumanise et nuit à la vraisemblance. Quel est le but de cette déshumanisation ?
Elle  permet aux spectateurs de prendre de la distance par rapport au tragique de la situation. Cette distanciation est nécessaire pour Ionesco et le théâtre qu’il souhaite, théâtre de la dérision qui se moque avec un certain mépris. Cette moquerie participe de la mise à distance du tragique.

Ex 13 : comique de mots + répétition
 Répétitions du garde l. 146-151 et de Marie l. 148-153
Les répliques de Marie et du garde semblent interchangeables. Les personnages sont devenus des mécaniques.

Ex 14 : impératifs dans la bouche du Roi : l.80 « arrête-les », 97 « fais-le ». Le roi tente de maintenir son pouvoir, de l’affirmer mais se ordres restent sans effets puisque le garde se paralyse. Pire encore « ce sont [s]es propres ordres qui le paralysent » l.106.

Ex 15 : Antithèses
  • p.42 Tout d’abord on note le décalage entre le geste et la parole : l. 135 « fait un grand effort » / l.137 « tu vois comme c’est simple »

Ex 16: Répétition adverbe « péniblement » l. 144-149-156→insiste bien sur la difficulté de l’effort et la dégradation physique du Roi.

Ex 17 : comique de geste : les quatre chutes successives du roi et  le jeu de scène comique avec les apparitions successives de Juliette qui crie « vive le roi » l.160-165 . Elle apparaît comme un diable dans une boîte.

Ex 18 : comique de mots
Les répliques de Marguerite et du médecin en échos ont le même effet : l. 62-64, 68-70, 174- 176. ® renvoie aussi à la farce où les personnages n’ont pas de caractère individuel, pas de liberté individuelle. Ce sont des personnages fantoches.



PBQ :
 Montrez ce qu’il y a de tragique et de comique dans ce passage ?
Quels sont les registres de ce texte ?
En quoi cet extrait est-il une farce tragique ?

I En effet, ce passage est tragique

A.      Le tragique se manifeste tout d’abord par la mort inéluctable du roi
Ex 1
Ex 4
Ex 5
Ex 9


B.       Il se manifeste également par  lutte désespérée du roi contre la mort
Ex 3
Ex 7
Ex 8
Ex 14
Ex 15
Ex 16


II Mais, Ionesco introduit des éléments comiques dans cette situation tragique. 

Le but du comique est de faire jaillir le rire. C’est un repoussoir au tragique.

A.      Le comique vient en premier lieu de l’incongruité de la situation: certains éléments ne sont pas adaptés aux circonstances, bizarres par rapport au monde et à l’univers présenté.
Ex 2
Ex 6
Ex 10

B.       En outre, le comique provient du  jeu théâtral
Ex 13
Ex 11
Ex 12
Ex 17
Ex 18



L.A 1 : L’ouverture de la pièce p. 11 à 16 « Décor [...] Elle est irréversible »


L.A 1 : L’ouverture de la pièce p. 11 à 16  « Décor [...] Elle est irréversible »


Situation extrait :

Il s’agit ici de la scène d’exposition, c’est-à-dire du début de la pièce. C’est une scène très importante car elle permet  au dramaturge de présenter tous les éléments qui permettront d’entrer dans la pièce à savoir  le lieu, l’époque, les personnages, l’intrigue. Elle doit aussi susciter l’intérêt du lecteur/ spectateur, afin qu’il ait envie de découvrir la suite.

PBQ : En quoi pouvons-nous dire que nous avons affaire à une scène d’exposition ? 



I Présentation du cadre et de l’action de la pièce

A.         Tout d’abord, le décor présenté est celui d’un univers royal délabré (un monde qui se veut royal mais qui ne l’est plus)

Ex 1 : Champ lexical très important de la royauté « Salle du trône » l.1- 64-67, « trône» l.  3, 4, «  Appartements du roi » l.7,  « garde tenant une hallebarde » l. 12, « musique royale imitée d'après les levers du Roi du XVIIe siècle » l.15, « roi » l.3, 17,40, « reine » l.4, 23, 29,  33, « manteau de pourpre » l.18 - 36-37, « couronne » l. 19, 36, « sceptre » l.19, « Cour » l.41 ligne.
cadre royal, conforme au titre de la pièce
Trois « trônes » l.3-4 de tailles différentes : nombre qui laisse supposer au spectateur la  bigamie du roi. Le lecteur, lui, n’a aucun doute grâce à la  subordonnée relative « qui sont ceux des deux reines, ses épouses » que le roi est bigame. Cette bigamie est annoncée dès le début de la pièce, ce qui laisse supposer qu’elle est importante dans l’intrigue. Et c’est le cas puisque la lutte du roi contre la mort est renforcée tout au long de la pièce par la lutte entre Marguerite et Marie, les  deux épouses. La  première souhaite la mort du roi et incarne l’arrivée  inéluctable  de la mort; la seconde lutte pour qu’il  vive et incarne le refus de mourir du roi.
ÞLa bigamie en tant que telle suscite l’intérêt du spectateur par son aspect inhabituel pour nous, étrange. Laisse attendre quelques situations cocasses (étranges, bizarres, bouffonnes)  

Ex 2 : Répétitions l.6 à 12 et balancement antithétique
·         l.6 « à droite, au fond, petite porte » //  l.7 « à gauche, au fond, autre petite porte »
·         l.8 « à gauche, sur le devant, grande porte » //  l.10-11 « à droite de la scène ; petite porte sur le devant du plateau, du même côté »
·         l. 8-9-10 « à gauche, une fenêtre ogivale » // l. 10 « autre petite fenêtre à droite de la scène »
+ l. 3 « de part et d’autre de la scène »

→ Symétrie : espace royal donc qui se doit d’être parfait, bien structuré à l’image de du pouvoir royal qui contrôle tout et tous ses sujets
la dissymétrie renverrait quant à elle à une sorte de ‘’fausse note’’ comme si le pouvoir royal était menacé : quelque chose qui ne ‘’tourne pas rond’’ dans ce cadre royalÞ suscite l’intérêt du spectateur.

Ex 3 : l.1 Répétition de l’adverbe « vaguement » vient confirmer que qq chose ne va pas. Normalement, dans un palais, tout est en ordre, réglé et structuré. Pas de place à l’imprécision. Or ici…pb.
OU
Ex 4 : CL du délabrement : « délabrée » l.1, « musique  dérisoirement (médiocre) royale, imitée » l. 14-15 » « mégots par terre » et « la poussière » l.58, « fissure dans le mur » l. 80
→revoient à une certaine saleté qui n’est pas digne d’un univers royal.
→donne l’idée d’un délabrement qui ne va pas avec l’idée qu’on se fait d’un palais royal. Symbolique : le mur est le fondement du palais tout comme le roi. Sa fissure est symbole de la maladie du roi et de la perte de son pouvoir.

B.         En  outre, l’action annoncée est tragique : c’est la faillite d’un royaume et la mort d’un roi

Ex 1 : connotations du lait et du feu
  • l.61 « presque plus de lait » alors qu’il s’agit d’une nourriture de base
  • l.72- 73 « faire du feu » / « ne fonctionne pas » alors qu’il s’agit aussi d’un  besoin élémentaire voire vital.
→faillite du royaume confirmée par la double fonction de Juliette « femme de ménage et infirmière de ses majestés ». Lien entre les 2 fonctions : l’hygiène. Cette double fonction l’empêche de bien faire le ménage l. 61-62.  Multiples fonctions du médecin aussi. 24-25.

Ex 2 : connotation l. 92« irréversible » → fatalité→ tragédie. Idée qu’un processus est enclenché et que rien ne pourra l’arrêter. Ce processus est celui de la mort qui s’approche cf. titre est à la forme pronominale, le roi « se meurt » et c’est bien du glissement progressif d’un homme vers le néant qu’il est question dans ce texte

Ex 3 : CL du temps
  • Il y a des événements qui n’arrivent plus à se faire, faute de temps : « pas eu le temps» l.61 dit Juliette en parlant du ménage, le soleil est « en retard » l.75
  • Il y a des événements qui reviennent sans cesse : l.90 « apparue de nouveau » / « encore » en parlant du colmatage.
  • Et il y a des événements dont l’apparition semble trop rapide : « déjà » est répété deux fois, l 78-83  et renforcé par l’expression « ça va vite » l.83 / l.84 « je ne m’y attendais pas pour tout de suite »

Ex 4 : incorrections de langage
·         l. 62- 64 -68 « living room » : mot anglais qui n’est pas correct dans le monde royal où la correction de la langue doit être parfaite.
·         « il  ne m’a pas dit » l. 49 (le roi) puis avec « Eux » l. 51 = les gouvernants. Devrait continuer à employer la 3ème pers. du sing.
→Dégradation du royaume.
→Même le pouvoir de la reine est altéré. Elle ne parvient pas à corriger Juliette « combien de fois dois-je te le dire »l. 65 : registre comique et dérision.


II Présentation des personnages
A.       Le Roi

Ex 1 : Négations dans la bouche du garde
l. 47, 72 à 75 : refus d’obéissance au Roi = perte de son pouvoir

Ex 2 : Personnifications du Soleil et des radiateurs : l. 73 et 75-76.
→ perte complète du pouvoir du Roi. Les objets ne lui obéissent plus ni même le Soleil qui  connote dans notre esprit la Royauté ( Roi Soleil = emblème du Roi). Scission ente le Roi et son symbole. Perte du pourvoir royal.

Ex 3 : adverbe d’intensité l. 18 «  assez vif » → une indication capitale pour le déroulement de la pièce puisque l’on va assister à la déchéance physique de celui-ci tout au long du spectacle.
Il passe seul au fond de la scène  parce qu’il est le personnage le plus important de la pièce mais aussi parce qu’il va mourir : solitude de l’homme devant son destin.
N.B : 1er pers = le roi Bérenger Ier (nom récurrent chez Ionesco).

B.       Les autres
1.       Les reines :

Ex 1: Jeu sur les nombre l. 23- 29-30
→Ordre de passage = ordre « chronologique » des épouses = respect d l’étiquette.
→préférence du Roi pour Marie

Ex 2 : comparaison Marguerite / Marie l. 35-36 : se fait au désavantage de Marguerite.
Marie est coquette l. 37 « des bijoux » + l.18 →Marie est l’épouse agréable, séduisante donc sans doute plus proche du Roi. Celle avec qui il partage ses plaisirs.


Ex 3: Vocabulaire péjoratif pour désigner Marguerite l. 54 « pas très frais » / « air plutôt sévère » : vieille et peu attrayante. Elle n’aura pas le même rôle dans la pièce. C’est la voix de la raison. Expression « pas très frais » = voc familier ds un univers royal = décalage comique.

2.       Médecin :
Ex 11 : Enumération par juxtaposition des fonctions du médecin l. 40-41

Ex 4 : Enumération par juxtaposition des fonctions du médecin l. 40-41
→Assemblage hétéroclite = principe d’économie qui produit différents effets : comique parce que incongru, renforce idée de dégradation.
→Les 3 premiers termes renvoient à la médecine, et  évoquent déjà maladie du roi (cf. titre).
Mais les deux derniers sont d’un autre ordre. Ce sont deux fonctions traditionnelles dans une cour royale : renvoie à la mort et au destin.  Or destin du roi = mourir
N.B : il sort par le même côté que le roi (examen médical ?)

3.       Le garde :

Dans théâtre classique, c’est  un figurant sans intérêt. Ici, il  prend une certaine épaisseur : « il a l’air fatigué » l.49 il a froid l.50-51. Il a  peur des représailles « ce n’est pas ma faute » l.54. Et il parle pour lui-même non pas seulement pour annoncer une arrivée.

Ouverture de conclusion sur la mise en scène deJorje Lavelli, vue en classe :
On ressent bien cette ambiance de décrépitude, de fin de règne et de mort dans la mise en scène.

Saleté : papiers déchirés par terre
Vétusté : tapisserie noircie et déchiré
Décrépitude : Trône du roi= fauteuil de salon monté sur une table en bois. Marches= petite échelle
Trône des 2 reines = chaises en bois. Pyjama rayé sous son manteau royal → maladie, ne peut plus s’habiller. Son pouvoir aussi est malade.
→ mort du Roi et perte de son pouvoir